Bivouac 11 : Le Mont-Cheseau
984 m 
19 mars 2022  - 3 degrés

Vivre la nature

Et soudain, le vent me réveilla.

Premier samedi de printemps. Le soleil brille, une légère brise, la nature m’appelle. Durant toute l’après-midi, je sillonnerai les hauts des Avants, affrontant la neige, reculant, ou m’arrêtant au soleil pour croquer un bout de chocolat.

Rentré fourbu, je me pose en sachant que je repars bivouaquer dans la soirée. Heureusement, ce soir, j’ai choisi un endroit pas trop éloigné, le Mont-Cheseau. Je veux profiter de contempler le paysage à la lumière blanche de la lune. Hier, c’était la pleine lune.

J’arrive, il fait déjà nuit. Je marche dans la nuit. Il fait jour. La lune est là, au-dessus de moi, blanche, franche, lumineuse. Il fait bon. Les températures commencent à monter doucement. Cela se ressent. Quelle changement depuis le premier bivouac en face du Moléson. Je n’avais pas le bon sac de couchage, c’était début janvier. J’avais eu froid alors que j’ai dormi tout habiller.

Ce soir, même si ce n’est pas l’été, la température est très agréable. Fidèle à elle-même Kali court aux alentours. Je me dirige vers une crête que je connais bien. Depuis cet endroit, la vue pour jusqu’au lac d’un côté et vers les Dents du Midi de l’autre. Première chose à faire, trouver l’endroit pour bivouaquer. Je cherche quelques minutes. Il me faut un endroit plat. Ce soir, je décide de prendre la risque de rester sur le haut. La température est bonne, aucun risque de pluie. Kali me regarde. Elle attend d’être certaine de l’endroit où nous allons passer la nuit pour partir découvrir les alentours. Tant que je n’ai pas poser mon sac, elle se demande si nous allons marcher plus loin. Une fois mon sac à terre, elle sait désormais que nous n’irons pas plus loin.

Je fixe ma bâche au sol, gonflent mon matelas, puis celui de Kali et sors les sacs de couchage pour qu’ils aient le temps de se gonfler d’air.

Mon appareil photo à la main, je pars installer mon trépied un peu plus loin. Première photo de nuit, premières émotions. La lune crée une ambiance tellement particulière. Elle empêche presque toute photo des étoiles mais permet de découper le paysage, de créer des ambiances, d’offrir un spectacle magique. Pour la première fois de l’année, je n’ai pas froid. Je prends mon temps et, quand je décide d’aller me coucher, je n’ai presque plus de batterie.

J’appelle Kali, elle arrive et s’assied au bord de la bâche. Je me déshabille, entre dans mon sac et, ensuite, prépare le sien. Tout doit être prêt car une fois qu’elle entre dans son sac, elle se couchera pour dormir. Elle arrive, se pose dans son sac et se couche. Je lui dis bonne nuit et ferme son sac pour la nuit. Déjà, elle se met sur le côté. Elle m’a l’air bien là, dehors, au chaud.

Vers trois heures, je suis réveillé par le bruit. Impossible de dormir, le vent souffle avec force. Le sac de couchage de Kali se relève. Je me redresse pour voir ce qui se passe. Mon coussin s’envole. Je le regarde décoller et s’enfuir à plus d’une centaine de mètres en quelques secondes. J’avais pris le pari que la nuit serait calme. Pari perdu. Pas de pluie, une température clémente, mais le vent qui s’invite. Je me recouche. La lune me fait face désormais. Sa lueur me permettrait presque de lire mon livre. Après 30 minutes, je dois admettre que le bruit du vent m’empêchera de dormir. J’ai désormais le choix entre attendre plus de deux heures ainsi ou ranger mes affaires, partir faire une balade et rentrer. Je réfléchis dix minutes et décide de partir. Le vent m’oblige à planifier les différentes étapes du rangement.

Je m’habille, range mon sac de couchage dans mon sac de montagne, vide mon matelas et le roule, toujours en le tenant. Puis, je sors Kali de son sommeil. Elle dormait profondément. Cela me rappelle les départs en vacances au milieu de la nuit. Il fallait réveiller les enfants, les porter dans la voiture et prendre la route, sans véritablement qu’ils émergent de leur torpeur. Je range son sac, puis son matelas. Pour la bâche, je fais bien attention de la décrocher dans le sens du vent, la roule et l’accroche au sac. Je suis prêt à partir. Kali s’est réveillée et court dans le champ. Il est quatre heures, elle est en plein forme. J’avoue que moi aussi. Être seul, dans la nuit, le vent fouettant mon visage, la lune éclairant l’horizon, quel sentiment de liberté, de plénitude. Je marche une trentaine de minutes jusqu’à la voiture.

Je n’aurai pas profité du lever de soleil mais j’aurai vécu un moment d’intense émotion en symbiose avec les éléments. J’aurai lâcher prise face aux éléments à mon plus grand plaisir.

J’aurai fait partie de la nature une nuit de plus.